Je m’appelle Chanel Victor et je suis photographe et peintre.
Mon entrée dans la scène artistique s’est faite par le cinéma.
J’ai été actrice pendant huit ans, avec un agent, à jouer dans une série, un film sur Arte, ainsi qu’un court-métrage avec un rôle principal, pour lequel j’ai reçu des prix dans des festivals de catégorie A. J’y ai consacré huit ans de ma vie, à me donner corps et âme.
Mais j’étais jeune, et je pense que je n’ai pas réellement pris conscience de l’industrie dans laquelle j’essayais de prospérer. Le cinéma français est une industrie très codifiée, très blanche, et cela devenait de plus en plus pénible pour moi de ne pas comprendre pourquoi je n’étais pas choisie, pourquoi ce n’était pas moi, et pourquoi j’allais souvent à contre-courant.

Début 2022, je traverse une sorte de crise existentielle, liée à des choses très personnelles : la famille, moi-même, et mon rapport au cinéma.
Pour une question de survie, quelqu’un de très cher à mes yeux à ce moment-là, et qui m’a beaucoup aidée, m’a conseillé de recommencer à dessiner. La première chose que j’ai faite a été d’acheter une toile et de commencer à peindre. En peignant, je me suis aussi mise à m’intéresser davantage aux artistes, et c’est à ce moment-là que j’ai découvert David Hockney, à la fois peintre et photographe.
Il faisait beaucoup de collages au Polaroid, et cette idée m’a profondément inspirée. J’ai acheté un Polaroid.
En parallèle, j’ai découvert Nan Goldin, qui a été un véritable catalyseur dans mon travail, notamment par sa manière de photographier ses amis, sa vie, son intimité. J’ai commencé à mélanger ces influences et à peindre sur Polaroid : mes amis, moi-même, mes amants, le quotidien, puis à assembler ces images en collages sur des planches, comme des puzzles retravaillés, pensés pour être encadrés.
À ce moment-là, j’étais encore actrice, et la photographie comme la peinture étaient pour moi des moyens de sortir de moi-même, de me reconnecter aux gens.

Depuis juin 2025, j’ai complètement coupé court avec le cinéma. Complètement.
J’ai compris ma signature. J’ai compris ce qui, dans ma psyché, m’emmenait vers certaines personnes. J’ai aussi compris le type de personnes qui m’inspirent. Mon regard s’est aiguisé, et mon éthique de travail a fait un bond immense.
En mars 2025, j’ai eu mon premier photobook imprimé en risographie avec les éditions Bessart. Durant la même période, j’ai été repérée par Fresh Talents.
Il y a ensuite eu le Book Lounge, ainsi qu’une exposition à Rotterdam dédiée à la haute photographie.
L’une de mes photographies, issue de mon travail avec l’une de mes muses — performeuse, drag queen et danseuse de cabaret, Masha Kills — a été choisie par un groupe basé à Londres, lors de mon dernier voyage à New York.
Il y a eu de nombreuses collaborations avec différents artistes, et j’ai également photographié plusieurs personnalités lors de l’anniversaire du mannequin Awayn Schwall. D’autres projets sont à venir et n’ont pas encore été dévoilés.
L’une de mes photographies a aussi été sélectionnée pour le festival d’Arles en juillet 2025, dans le cadre d’une exposition collective intitulée Faces, curatée par Art Icon sur le quai du Rhône.
Parmi les visages exposés figurait un portrait de ma tante. Je viens de l’île de la Dominique — je suis donc Dominicaise, et non Dominicaine — et ce portrait a été présenté lors du group show à Arles. C’est une immense fierté.
Il y a aussi quelque chose de très important que la photographie m’a permis de retrouver.
Quand on est dans le cinéma, il y a ce besoin constant d’être vue, de dire « regardez-moi ». Avec la photographie, je n’ai plus aucune forme d’envie envers d’autres femmes ou d’autres personnes. Au contraire, dès que quelqu’un m’inspire, j’ai immédiatement envie de le ou la photographier.
Pour moi, une piri est une personne qui se donne le droit d’être qui elle veut, de vivre sa propre vie, sans avoir besoin d’aucune forme d’approbation.
Une piri, c’est le reflet de l’authenticité, de la grâce, de l’audace, de la beauté et de la sensualité.
C’est une personne fierce, mais aussi vulnérable.